Mots, qui êtes-vous ?
On 11 April 2018 | 0 Comments | Non classé |

Les mots sont de beaux instruments de musique.

Cette phrase m’est venue à l’instant, telle une fulgurance. Les mots sont de beaux instruments de musique. Oui. Car on peut apprendre à les faire sonner avec style et respect. De même qu’un instrumentiste joue de son violon, pratique ses gammes au piano ou à la flûte, exerce son doigté à la guitare des années durant, de même on peut « pratiquer » les mots en lucidité et en conscience, des années durant, en vue de donner à entendre le plus beau des morceaux de musique.

Mais cela ne naîtra pas tout seul. Comme me l’ont dit tous mes professeurs depuis mon entrée au jardin musical quand j’avais quatre ans : « un instrument, ça se travaille ». Ainsi, si les mots sont des instruments de musique, alors il convient de « travailler les mots ».

Ce qui signifie ?

Les observer d’abord. Les saisir ensuite. Ou l’inverse. Les malaxer dans son esprit puis les prendre dans ses mains ou l’inverse, les regarder depuis son cœur, les lancer en l’air pour voir leur force de gravité, les rattraper bien sûr, délicatement, les tourner d’un côté, de l’autre, les faire basculer, analyser toutes leurs facettes, autrement dit tous leurs sens. Car les mots – tout le monde le sait mais tout le monde n’en tire pas toujours les conséquences -, les mots sont de précieux instruments dotés de myriades de sens…

À y bien réfléchir, il faudrait même savoir les fabriquer, ces mots-instruments, si on voulait vraiment savoir quoi en faire. Mais vous me direz : pour savoir jouer de la guitare, inutile d’être luthier ! C’est juste. Alors ?

Alors je fais mon examen de conscience. Sachez que, quand je vous dis que les mots sont de beaux instruments de musique, c’est premièrement parce que cette phrase fulgurante vient de frapper la paroi de mon cortex, comme beaucoup d’autres phrases l’ont fait auparavant, venant de je ne sais où, et qu’il m’est désormais impossible de ne pas partager ces phrases-éclairs venues d’Ailleurs. Deuxièmement, quand je vous dis que les mots sont de beaux instruments de musique, j’avoue, je me permets d’avoir de l’ambition pour eux, alors qu’ils ne m’ont rien demandé. Et du coup, allant au bout de l’expérience et tentant d’appliquer ce que la phrase affirme : je la travaille, cette phrase fulgurante, je la malaxe, je la saisis de mes deux mains, je la regarde depuis mon cœur, je jongle et pèse chacun des mots, bref, j’évalue la structure syntaxique de la phrase que ces mots composent ainsi que leur synthèse métaphorique et je me dis ceci : si « les mots sont de beaux instruments de musique », alors, un mot, un instrument de musique abimé, torturé, brisé, impossible à jouer, quelle tragédie ! Et quelle tristesse, un mot, un instrument de musique laissé de côté, oublié ! Et là, d’un seul coup, une autre fulgurance ! Je me mets à penser avec désarroi à ma guitare classique abandonnée, à ses vieilles cordes rouillées et désaccordées, ma misérable guitare qui croupit dans sa housse poussiéreuse, quelque part dans la cave obscure où je ne vais jamais. Ah, si les mots sont ma guitare, pauvres d’eux ! Et pauvre de moi, qui ne sais plus jouer de cet instrument alors que je l’ai pourtant appris, dans ma prime enfance !

Si Les mots sont de beaux instruments de musique… Cette phrase m’est venue, telle une fulgurance étrange, et ne me demandez pas pourquoi, mais il m’est désormais impossible de ne pas partager ces phrases-éclairs venues d’Ailleurs. Et si elles pouvaient servir à quelqu’un d’autre que moi ?

Alors, où en étais-je dans cet examen de conscience ?

Sans aller jusqu’à souhaiter que tous les humains-sachant-parler deviennent des luthiers des mots, je formule ce souhait : que les mots soient ces instruments de musique qu’on chérit, qu’on chouchoute, qu’on polit, qu’on accorde et qu’on pratique. Moi-même, je vais tâcher de descendre à la cave pour retrouver ma vieille guitare et je vous assure, j’en prendrai soin en lui changeant les cordes pour la faire chanter de nouveau sous mes doigts oublieux. Oui, je vais me remettre au travail.

Pour qu’un usage harmonieux de la parole soit fait. En solo d’abord, en duo ensuite, j’espère, puis en trio, quatuor, quintet… avec en ligne de mire, l’orchestre infini de l’humanité !

On dit que les mots ne sont rien sans les humains, mais ma guitare a bien vécu des années sans moi… Quoi qu’il en soit, je vous dirai bientôt si l’instrument a reconnu son instrumentiste et si la vie prouve la phrase fulgurante :

Les mots sont de beaux instruments de musique.

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