Le pouvoir du Merci
On 1 June 2018 | 0 Comments | Non classé |

J’ai une devinette pour vous :

On m’utilise chaque jour,

Des dizaines et des dizaines de fois…

On me connaît tellement, je fais partie de vous.

Qui suis-je ?

On en use et on en abuse, à tel point que je sors de vos bouches sans même que vous vous en rendiez compte.

Je suis un MOT autrefois sacré, aujourd’hui devenu un automatisme.

Qui suis-je ?

Je suis un mot simple, habituel, familier.

Et si vous avez le malheur de ne pas me prononcer,

votre interlocuteur se fâchera :

« Ah d’accord ! Dis pas Merci, surtout ! »

Eh oui…. je suis le mot MERCI.

On prend beaucoup de choses pour acquis dans la vie, mais me connaissez-vous vraiment ?

Un peu d’étymologie.

Le mot Merci vient du verbe latin mereo qui signifie : « gagner, mériter / se comporter bien ou mal envers qqn ». Il a donné le nom mercedem lequel a donné le mot Merci en français. Mercedem en latin c’est à la fois :

  1. le salaire, la récompense, le prix de qqch
  2. la paye, solde, salaire
  3. l’intérêt, rapport, le revenu, ce que cela nous rapporte

Ce mot a donné les mots « mercantile », « marchandise », mais aussi « Mercure » qui est le dieu du commerce… et même le jour « Mercredi ».

Éclairé par l’étymologie, on peut donc dire que le MERCI est comme un salaire, quelque chose de valeur que je donne ou que je reçois, un revenu correspondant à ce que j’ai fait, autrement dit à ce qu’on me doit.

Ce terme fut utilisé par la langue française en gros à partir du IXe siècle, car il faut savoir qu’avant, le latin utilisait un autre mot. C’était le mot gratia. Vous le retrouvez bien sûr dans les langues de nos voisins, en espagnol « gracias », en italien « grazie ». Gratia en latin, ça signifie : une manière d’être agréable envers autrui. Le mot gratia se traduit en effet par :

  1. la faveur, la complaisance, l’obligeance, la grâce / la reconnaissance, la gratitude
  2. faveur d’autrui, bonnes grâces, allant même jusqu’au sens plus physique…
  3. agrément, le charme, la grâce

Il y a donc dans ce mot l’idée d’un échange, d’un effet de miroir entre deux personnes, et on ne parle pas ici de rapport financier, mais plutôt de rapport affectif.

Personnellement, j’aime beaucoup retourner à l’étymologie, car elle nous apprend tellement de choses sur le socle de croyance à partir duquel nous bâtissons nos raisonnements et nos vérités. De gratia à mercedem, on voit bien comment notre langue française porte en son sein cette double origine, mais qu’en même temps elle a opté pour la version mercantile.

Revenons à l’usage du Merci de nos jours :

On dit Merci à la boulangère qui nous tend une baguette bien cuite, on redit Merci à la boulangère quand elle nous rend la monnaie, on dit Merci à la personne qui nous tient la porte en entrant dans la pharmacie avant nous, on dit Merci quand on reçoit un cadeau pour son anniversaire bien sûr, on dit Merci à celui qui nous passe le sel à table, bref, on dit Merci… comme on respire.

À présent, observons la situation de l’autre point de vue, c’est-à-dire non pas du côté de celui qui DIT Merci, mais du côté de celui qui REÇOIT le Merci.

Recevoir le Merci, on prend souvent ça comme un dû.

Pourquoi ? Parce qu’on a été élevé ainsi.

Vous vous souvenez, ces moments où nos parents nous disaient, alors qu’on venait de recevoir quelque chose de qqn : « Qu’est-ce qu’on dit ?! »… Et tout le monde de répondre en choeur. « Merci !!! »

Et puis on grandit, et avec le temps, on apprend, on comprend les bienfaits du Merci qu’on reçoit, bienfaits sur notre humeur, sur notre bien-être et le sens de notre vie.

Et malheureusement, on apprend aussi les méfaits du Merci qu’on ne reçoit pas !

Eh oui, on a tous déjà ressenti ce nœud dans la gorge, ce poids dans le cœur, cette tension dans le ventre, autant de symptômes de ce qu’on appelle l’ingratitude. Et quand on l’attrape, la maladie de l’ingratitude, elle irradie dans tous les départements de notre vie affective, amicale, amoureuse, familiale, professionnelle… Merci les dégâts ! C’est le cas de le dire !

-Mon patron ? Mais c’est l’ingratitude incarnée ! Tout le travail que je fournis depuis des années, et il ne m’a jamais remercié une seule fois ! Jamais !

-Ma fille, m’en parle pas, qu’est-ce qu’elle peut être ingrate envers sa mère, elle me traite d’une manière, je te jure ! Elle se rend pas compte de tout ce que j’ai fait pour elle !

-Ma femme ? C’est pas compliqué, elle passe son temps à me faire reproches sur reproches ! En revanche, me dire merci pour ce que je fais de bien pour elle. Ah, ça, y plus personne ! Pff… C’est vraiment injuste.

-Ah bah d’accord ! Alors je le laisse passer et monsieur le Piéton traverse la rue, il est content… mais pas un regard ! pas un geste de remerciement, zéro ! Eh oh là ! Dire merci, ça coûte rien !

Dame Ingratitude, tu vois ?

Tu produis de grands chagrins dans le monde.

Dame Ingratitude, tu le sais,

les êtres humains ont un besoin vital de reconnaissance !

Pourquoi t’acharnes-tu sur eux ?

Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que tu dis, Dame Ingratitude ? Tu peux répéter s’il te plaît, je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu…

Vous, les humains, vous êtes comme débordés, comme dépassés

Par votre excès de Merci-Politesse, Merci-Convention, Merci-Addiction.

Tous ces Merci automatiques

Ont écrasé le Merci authentique

Vous m’accusez, mais c’est injuste.

Je ne peux pas faire grand-chose pour vous :

C’est à vous de jouer

À vous de vivre

À vous de faire revivre

Le Merci souriant, celui qui vient du fond des yeux

le Merci incarné, celui qui vient du fond du cœur

Un regard qui dit Merci, vous voyez ce que je veux dire ?

Car on n’a pas forcément besoin de prononcer le mot Merci…

Pour le sentir… ou l’offrir.

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