Journal de Résidence #4
On 14 September 2020 | 0 Comments | Non classé |

Heute schreibe ich hier, morgen werde ich woanders schreiben. = Aujourd’hui j’écris ici, demain j’écrirai ailleurs.

 

Je l’écrivais auparavant : notre palais est notre lieu d’ouverture à une autre culture. Dis-moi si tu goûtes aisément les mets de cet autre pays et je te dirai si tu es ouvert à cet autre pays. Ensuite, on n’est pas forcé d’aimer ce qu’on a goûté ! Mais au moins, on a été suffisamment ouvert pour le goûter…

Ceci est mon Frühstück allemand (“petit-déjeuner” en allemand), dégusté avant-hier. J’entendais des voix autour de moi. L’oreille est notre radar pour se sentir ailleurs…

Voici un extrait de ce que j’entendais :

 

Ce Frühstück avait lieu dans un café mignon (“süss” – j’adore cet adjectif allemand !) sur une petite place mignonne (“süss !”) à deux pas de la maison de Goethe que voici :

Ceci est la rue dans laquelle se situe la maison : Großer Hirschgraben.

 

“Hirsch” signifie “cerf”, “der Graben” signifie “le fossé” mais je n’ai vu aucun cerf… En revanche, au bout de la rue, j’ai vu un autre animal, un morceau du Mur de Berlin, que voici :

Un artiste s’est ici exprimé. Que cela vous inspire-t-il ?

Mais j’en reviens à ma comparaison initiale : bienvenue dans ma pensée en arborescence où les digressions n’en sont pas car ce sont des branches qui donnent sens aux autres branches et à l’ensemble… (pensée globale, pensée holistique, pensée multi-factorielle et multidimensionnelle, vous me suivez ?)

Goûter les mets d’une autre culture, pour moi c’est comme goûter une table pour y écrire. Je change de bureau comme je change de chemise comme je change de pays, parce que cela m’aide à changer mon écriture, autrement dit mon point de vue, mon point de perception. Cela m’aide à penser autrement.

Je m’explique.

Depuis mes diverses vies et résidences ailleurs, aux États-Unis et aux Émirats Arabes Unis plus particulièrement (deux contrées bien différentes, deux latitudes extrêmes chacune à leur manière), j’ai compris dans ma chair et mon esprit qu’être ailleurs géographiquement m’aide à bouger les lignes de mes habitudes :

  • habitudes propres à mes gestes quotidiens et automatiques (façon de me brosser les dents, façon de marcher, façon de manger)
  • habitudes propres à mes pensées et croyances (“les gens s’habillent ainsi, les gens mangent à telle heure, les gens parlent ainsi, les gens traversent la rue ainsi…”)
  • habitudes propres à mes réflexes (je m’étonne ou pas d’un comportement d’autrui, je m’effraie ou pas d’un acte d’autrui, je souris ou pas à un événement…)

En résidence ailleurs, je découvre de nouvelles facettes de mon être multi-étant par nature. Car en tant qu’être humain, je suis de nombreuses potentialités infinies qui demandent à s’actualiser… Mais où ? Quand ? Comment ? Les actualisations ne seront pas infinies. Car notre vie, celle où l’on se trouve hic et nunc est finie. Coronavirus ou pas. Par conséquent, je suis par nature ces potentialités. Je reconnais que certaines ne s’exprimeront jamais, n’auront pas l’occasion de le faire car aucun espace-temps compatible n’aura été établi, choisi, vécu pour que telle ou telle potentialité de mon être, telle ou telle facette ne puisse avoir lieu, avoir temps, donc existence.

En résidence ailleurs que dans mon pays et dans mes habitudes, la question “Qui es-tu ?” prend une nouvelle épaisseur. Je la sens en fait constituée de deux questions sous-jacentes :

Où es-tu ?

Quand es-tu ?

 

Je tente donc une réponse ici : je suis à Frankfurt am Main, en Allemagne, dans ce pays voisin et aujourd’hui grand ami réconcilié de la France, mon pays. Je suis Nirina en 2020, une française qui, malgré la pandémie, a la chance de pouvoir explorer sa nouvelle ville et partant, l’histoire allemande qu’elle a déjà un peu étudié dans ses études, pour – en miroir – se comprendre mieux elle-même dans sa propre histoire française interdépendante de celle du grand ami réconcilié… Je suis une humaine qui tente de parler allemand avec les habitants et qui profite de cette nouvelle vie pour oser explorer de vieux rêves mis de côté dans son pays d’origine… Voyager et résider est une chance de renouer avec des parts de soi, une opportunité pour annuler l’amnésie.

Vous l’aurez compris, le voyage et la résidence ailleurs sont pour moi des retrouvailles avec un moi oublié, un moi silencieux, un moi dissimulé, un moi mystérieux… Je voyage pour (re)rencontrer tous ces “mois”, un par un ou plusieurs à la fois ! Et je peux vous dire qu’il y a du monde ! “Es is viel los” comme on dit en allemand !! Et comme on part rarement sans compagnon de voyage, je vous présente deux de mes amis-livres qui m’aide dans ses retrouvailles solennelles :

 

Ces amis-livres sont venus dans ma valise avec d’autres amis dont je parlerai sans doute plus tard dans un autre feuillet de résidence… Ces deux livres ont en commun d’être sortis tous deux en librairies cette année 2020, le premier le 28 mai et le second le 9 janvier. Merci 2020 de m’offrir ces précieux ustensiles de vie pour comprendre qui je suis…

 

En résidence ailleurs que dans mon pays et dans mes habitudes, la question “Qui es-tu ?” prend une nouvelle épaisseur.

Je la sens en fait constituée de deux questions sous-jacentes :

Où es-tu ?

Quand es-tu ?

 

Et toi, lectrice ou lecteur de ce Journal de Résidence à Frankfurt, qui es-tu ?

Où es-tu ? Quand es-tu ?

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