Journal de Résidence #11
On 2 November 2020 | 0 Comments | Non classé |

Ma résidence d’écriture touche à sa fin.

En ce jour de la Toussaint, jour de célébration des morts, je dis adieu à ma vie à Frankfurt am Main. Enfin, je ne suis pas encore partie mais l’heure du départ approche. Pour être plus exacte, je quitterai le territoire allemanf dans onze heures environ. Alors, je savoure encore un peu. Toujours savourer, toujours. Cinquante six jours se sont écoulés. Je repars le cinquante septième.

En retournant dans l’Hexagone, je rejoins le reconfinement qui a déjà débuté depuis vendredi. Je suis entre deux mondes, puisque le reconfinement allemand commence lundi, lui. Parce que c’est la fin de mon voyage, je savoure tout particulièrement. Parce que je retourne chez moi pour aller dans le reconfinement, je savoure tout autrement.

Ces derniers jours, en pleine conscience j’ai savouré ma liberté géographique, ma liberté “extérieure”, en allant, samedi, découvrir la ville de Mainz, ville de Gutenberg, ce révolutionnaire de l’imprimerie.

Quelle belle rencontre symbolique, en cette fin de résidence !

Johannes Gutenberg mort le 3 févrir 1468 à Mainz.

Il est temps pour moi de remercier ce mort. Il est temps pour moi de remercier ce grand monsieur dont l’invention de la presse mécanique nous a permis depuis le XVe siècle de répandre le savoir par les livres.

La mémoire par les livres. Sans la trace écrite, la mémoire humaine peut-être encore être transmise ? L’oralité suffit-elle pour certaines cultures ? On sait comment la parole orale peut être déformée d’humain en humain. Et la parole écrite ? Puisque Gutenberg a trouvé un moyen de la copier à l’infini et en exponentiel… Alors ? Notre histoire commune survit. Mais quelle parole écrite est imprimée ? Quels livres existent ?

À l’inverse, quels livres n’ont pas pu être écrits, publiés, transmis, lus, connus ?

L’histoire, notre histoire est celle qu’on lit et apprend par les livres, grâce à vous Monsieur Johannes Gutenberg.

Nos imaginaires sont imbibés de nos lectures. Par votre invention.

Vous avez permis l’expansion de nos paroles orales, par l’impression en paroles écrites.

De l’oral à l’écrit. C’est un de mes voyages favoris. Moi qui suis fille d’une culture de l’oralité, Madagascar, et fille d’une culture de l’écrit, France.

Sans Gutenberg, pas de littérature, pas de médias écrits, et si on voit plus loin, pas d’internet.

À Mainz (on dit Mayence en français), en refaisant la connaissance de Gutenberg, je suis devenue statue dans le cloître de la cathédrale. Comme les mots deviennent statues dans les livres imprimés.

Quand je deviens statue, mon pied monte en l’air, mes bras s’élèvent vers le ciel. Quelle lettre de l’alphabet voyez-vous dans ce dessin de mon corps qui fait calligraphie ?

Je suis statue, je suis lettre, je suis écrite. C’est ma manière à moi de m’exprimer et de prier pour écrire l’histoire de mon monde et veiller à l’apaisement de notre monde qui aimerait tant trouver du repos…

Je suis devenue statue devant une fontaine qui m’a subjuguée. Elle célèbre la Fastnacht, ce carnaval allemand.

Je me suis statufiée à la terrasse d’une pâtisserie, buvant un cappuccino sur la place principale de la ville.

Et puis la statue en moi a repris mouvement et j’ai marché en direction du Rhin pour découvrir les belles façades typiques du style allemand.

Ai découvert la douceur de vivre des promenades au bord du Rhin.

Ai découvert une marina bordée d’immeubles modernes.

Ai trouvé un coin de couleurs automnales d’un côté du Rhin.

Ai trouvé un coin d’herbe de l’autre côté du Rhin.

Ma résidence touche à sa fin et mon journal de résidence à FFM aussi. FFM c’est l’acronyme utilisé pour dire “Frankfurt am Main”.

À Mainz, dans mon ultime voyage dans le voyage, de l’autre côté du Rhin, j’ai trouvé une boussole :

Et voyez ma découverte. En posant cette photo ici, je réalise que mon regard pointe non pas vers le Nord, mais vers l’Ouest ! Regardez le “O”, devant moi, sous mes pieds turquoise ! Je n’ai pas perdu mon Nord… Heu non ! Je n’ai pas perdu mon Ouest !!

Oui oui, c’est bien dans cette direction que j’irai demain.

Direction l’Ouest car l’Hexagone, le pays où je réside et où je suis né, est à l’Ouest.

Demain, je pars à la reconquête de cet Ouest…

Il est toujours excitant de retourner à la maison après un long voyage. On découvre la personne qu’on est devenue.

Dans quelques heures, je me redécouvrirai.

De qui vais-je donc faire la connaissance ?

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